Samandaleries et romans graphiques

Comment reprendre un blog après un an et demi de silence et dans un nouveau lieu virtuel? En se jetant à l’eau et sans se demander ce que je raconte comme absurdités. Une petite précision : Ce blog restera dans le ton de l’ancien, pour ceux qui le connaissaient. Il n’y aura pas d’articles mesurés et impersonnels et pas de faux-vrai-blog-journalistique. Je m’y remets, car ca m’amuse et ca me manque, pas d’agenda, ni d’objectifs, ni de finalités, ni de fioritures et de prétentions de forme, enfin j’espère.

Je suis à Beyrouth en ce moment, pour un long séjour de travail et d’études. Et je suis allée mardi au lancement du  nouveau cru de Samandal, le septième numéro d’une revue de BD indépendante, regroupant des travaux de divers auteurs, en arabe, anglais et français. Les réjouissances avaient lieu dans la salle d’exposition du Centre Culturel Français (CCF) et étaient couplées avec la présentation des travaux de participants à un atelier de roman graphique organisé par Samandal. Animé par Barrack Rima et centré sur la relation entre texte et image, cet atelier explorait des techniques artisanales de l’édition indépendante, comme la sérigraphie, la typographie manuelle, la reliure manuelle, etc.

Ambiance très conviviale et bon enfant, peace and love, le lancement réunissait des artistes, des musiciens, des amis et des fans de Samandal, etc. Je suis tombée sur quelques amis de longue date et quelques connaissances de Montréal, de passage à Beyrouth pour des projets musicaux. Le CCF avait sorti les frais, vin, gâteaux, inéluctable bûche de Noël. Le lieu présentait également un film d’animation et le travail de Ghassan Halwani, un artiste visuel.

Ci-contre des extraits du livre graphique de Youmna Habbouche, dont le titre signifie « Il était », basé sur de vieilles photos en noir et blanc des années 50, dénichées au Souk El Ahad, ou marché du dimanche, les puces de Beyrouth.

En-dessous, le travail de Jana Traboulsi, sur le visuel de l’Électricité du Liban, aux lettres tout aussi manquantes que nos heures en électricité.

To die for

Milk, le treizième film de Gus Vant Sant, retrace la vie de Harvey Milk, le premier élu américain homosexuel. Assassiné il y a 30 ans, Milk est pour beaucoup le Martin Luther King du mouvement gay. Le long métrage est étonnamment d’actualité, trois décennies plus tard, alors que vient de passer aux États-Unis la proposition 8, qui opère un amendement de la constitution en Californie pour réserver le mariage aux hétérosexuels (ces jours-ci, le magazine The Advocate titrait « Gay, the new Black »).

Van Sant et moi, on remonte à bien loin. Adolescente, j’étais amoureuse de ses héros et de son univers trouble dans Drugstore Cowboy et My Own Private Idaho.

Dans Milk, le personnage homonyme est interprété avec justesse et brio par Sean Penn, qui se coule parfaitement dans le rôle. On remarque aussi James Franco, vu dans Spider Man, qui fait oublier ici ses prestations de super vilain adolescent et revanchard.

Si la dimension politique de Milk peut étonner certains, le film se situe en fait dans la ligne conductrice du travail de Gus Vant Sant, qui s’est très souvent intéressé aux thématiques de l’homosexualité, de la quête identitaire et de l’adolescence. Il a aussi un faible pour les héros qui ne correspondent pas à la définition d’héros, des personnages complexes, ni noirs ni blancs, parfois même troubles et troublés. Il ne s’agit pas de sa première oeuvre politique et référant au contexte sociopolitique étasunien. On peut penser par exemple à Elephant ou même à Paranoid Park.

Le nâtif de Portland nous a habitués à alterner les opus mainstream (Good Will Hunting,  Finding Forrester) et les films plus difficiles d’accès (Last Days, Gerry, Paranoid Park…). Milk a ceci d’intéressant qu’il s’agit à la fois d’un film terriblement actuel et grand public, tout en conservant les thèmes chers à Gus Vant Sant ainsi qu’une prise de risques aussi bien dans le traitement du sujet que dans l’image. Milk est un film personnel et osé, mais qui peut toucher tout le monde, sans gommer les aspérités et le côté politiquement incorrect de Harvey Milk et sans en faire un saint.

Dans le contexte politique actuel, il est un peu dommage que Milk ait été refusé au festival de cinéma gay et lesbien de Montréal, Image-nation. Cela aurait certainement déplu à Harvey Milk.